Un logo à vectoriser, une photo produit à détourer, puis une plaquette de huit pages à envoyer chez l’imprimeur : chez Adobe, ce trio de tâches mobilise Illustrator, Photoshop et InDesign, donc trois applications et un abonnement Creative Cloud. Affinity prend le contre-pied : un seul logiciel, un seul fichier .af, et aucun paiement pour l’ensemble des outils de création. Désormais proposé par Canva, le logiciel a été refondu en une application unique qui prend la suite d’Affinity Designer, Affinity Photo et Affinity Publisher, dont les versions V2 ne reçoivent plus de mises à jour.
Le problème qu’Affinity règle, et pour qui
Pour un graphiste indépendant ou une petite agence, le coût de la suite Adobe pèse chaque mois, et la collaboration suppose que chaque intervenant paie aussi ses licences. Affinity supprime ces deux freins : tout le monde peut télécharger l’application avec un compte Canva gratuit, ouvrir un fichier .af et le modifier. Le logiciel s’installe sur autant d’ordinateurs que vous le souhaitez, sous Windows comme sous macOS, avec la même application des deux côtés.
Il vise trois profils qui se recoupent souvent dans les petites structures : le graphiste qui produit identités visuelles et illustrations, le photographe qui développe ses fichiers RAW puis les retouche, et le maquettiste qui monte magazines, livres ou rapports annuels. Si vous comparez plusieurs alternatives à la suite Adobe, Affinity est aujourd’hui la seule option qui couvre les trois métiers dans une même application sans abonnement.
Comment on travaille dans Affinity
L’interface s’organise autour de trois studios accessibles par des onglets en haut de l’écran : Vecteur, Pixel et Mise en page, plus un onglet IA Canva. Passer de l’un à l’autre ne change pas de document : vous dessinez un pictogramme, retouchez la photo qui l’accompagne, puis placez le tout dans une grille de pages sans export intermédiaire. Les panneaux se réorganisent et les outils se combinent pour composer vos propres studios. Le parcours type ressemble à ceci :
- Vous importez l’existant : PSD, AI, PDF, SVG, IDML, INDD ou DWG s’ouvrent avec leurs calques et leur structure, ce qui facilite la reprise de fichiers clients produits chez Adobe.
- Vous créez ou retouchez en mode non destructif : filtres et réglages restent modifiables, et l’historique d’annulation peut être enregistré dans le fichier pour revenir à n’importe quelle étape.
- Vous mettez en page avec maquettes intelligentes, cadres de texte liés, styles partagés et fusion de données depuis un fichier CSV pour produire catalogues ou cartes en série.
- Vous exportez en PDF avec fonds perdus et traits de coupe, en CMJN et tons directs, ou en SVG, PNG, TIFF et EPUB, avec un contrôle en amont qui signale les écarts avant l’impression.
Une connexion n’est nécessaire que pour télécharger l’application et activer la licence. Ensuite, Affinity fonctionne hors ligne, sauf pour l’aide intégrée, les banques de ressources et les outils d’IA. Le centre d’aide, disponible en français, couvre l’installation, chaque studio, l’export et l’automatisation.
Ce qui a changé avec la mise à jour de septembre 2026
La version publiée le 15 septembre 2026 apporte plus de 60 nouveautés, dont deux fonctions attendues de longue date par la communauté. L’outil Fusion génère des formes intermédiaires entre deux objets vectoriels pour créer des effets de relief ou de dégradé de formes, que vous continuez à ajuster après coup. Le scripting intégré permet d’écrire un script dans un éditeur interne et de l’exécuter sur les calques vectoriels, pixel et de mise en page d’un même document, depuis un panneau Scripts qui propose aussi une bibliothèque d’exemples.
Pour ceux qui ne codent pas, un connecteur IA pour Claude, gratuit pendant sa phase bêta, rédige ces scripts à partir d’une consigne en langage naturel. La retouche photo profite de la même version : développement RAW plus poussé, préréglages applicables à toute une séance, correction de lumière mixte et réduction du flou de bougé. L’import natif des fichiers INDD complète enfin la passerelle depuis InDesign.
Cas d’usage par profil
- Graphiste freelance : logos, affiches et déclinaisons réseaux sociaux dans le studio Vecteur, avec vectorisation d’images, dégradés maillés et opérations booléennes modifiables. Pour élargir votre veille, voyez aussi notre sélection de logiciels de dessin vectoriel.
- Photographe : développement RAW, fusion HDR, assemblage de panoramas et traitement par lots avec macros enregistrables. Capture One envoie une image vers Affinity en un clic, calques et annotations compris.
- Studio d’édition ou service communication : magazines, rapports et livres numériques en EPUB, avec maquettes réutilisables et fusion de données pour les documents personnalisés.
- Équipe marketing déjà sur Canva : les kits de marque Canva se synchronisent dans Affinity, et un export direct envoie la création finale dans Canva pour la décliner, la traduire et la publier à plusieurs.
- Monteur vidéo : DaVinci Resolve lit les fichiers .af en natif, sépare chaque calque sur sa piste et actualise la timeline à chaque enregistrement dans Affinity.
Affinity face à Adobe, GIMP et Canva
Le tableau ci-dessous situe Affinity face aux outils que vous envisagez probablement à sa place. Il s’en tient au positionnement de chaque solution.
| Outil | Positionnement | À privilégier si |
|---|---|---|
| Affinity | Vectoriel, photo et mise en page dans une application de bureau gratuite | Vous voulez un outillage pro complet sans abonnement |
| Suite Adobe (Photoshop, Illustrator, InDesign) | Une application par métier, sur abonnement Creative Cloud | Vos clients ou imprimeurs exigent des fichiers INDD ou IDML natifs |
| GIMP et Inkscape | Logiciels libres séparés pour la photo et le vectoriel | Vous travaillez sous Linux ou tenez à l’open source |
| Canva | Création en ligne à partir de modèles, pensée pour la collaboration | Votre équipe produit vite sans profil de graphiste |
Face à Adobe, l’écart tient d’abord au modèle économique et à l’unification des outils, mais aussi à l’écosystème : Adobe garde Lightroom, Premiere Pro et After Effects, quand Affinity s’appuie sur Cavalry pour l’animation et sur des intégrations avec DaVinci Resolve et Capture One. Face aux logiciels gratuits de retouche photo comme GIMP, Affinity apporte la mise en page et une interface plus homogène. Quant à Canva, présenté dans notre fiche Canva, il devient le prolongement collaboratif d’Affinity plutôt qu’un concurrent.
Les limites à connaître avant de migrer
- L’application n’existe que sur Windows et macOS. La version iPad est annoncée sans date, et les anciennes applications iPad Affinity V2 ne lisent pas les fichiers créés dans la nouvelle version.
- Affinity n’exporte ni en INDD ni en IDML. Si un partenaire doit reprendre votre maquette dans InDesign, prévoyez un échange en PDF ou demandez-lui d’installer Affinity.
- Un compte Canva est obligatoire pour télécharger et activer le logiciel, ce qui peut gêner une structure qui ne veut pas créer de comptes chez un tiers.
- Les outils d’IA générative ne sont pas inclus : ils exigent une offre Canva Premium, et les outils les plus avancés consomment davantage du quota d’IA partagé.
- Les licences Affinity V2 restent utilisables, mais Serif ne les met plus à jour. Les fichiers enregistrés dans la nouvelle version ne s’ouvrent plus dans V1 ou V2.
Quelle offre choisir
Pour la grande majorité des usages, la version gratuite suffit : elle donne accès à tous les outils des studios Vecteur, Pixel et Mise en page, sans restriction d’usage, avec les mises à jour. Passez à Canva Pro seulement si vous voulez le remplissage génératif, la suppression d’arrière-plan, la super-résolution ou la génération d’images et de vecteurs dans Affinity : l’abonnement débloque aussi les modèles premium et la programmation de publications côté Canva.
Canva Pro+ se justifie pour une équipe qui partage plusieurs identités visuelles avec circuit de validation. Au-delà, l’offre Entreprise apporte la connexion SSO, le provisionnement SCIM et le déploiement d’Affinity sur tous les postes sans téléchargement individuel. Les établissements scolaires passent, eux, par Canva Éducation. Si vous cherchez avant tout un remplaçant à Illustrator, notre liste d’alternatives gratuites à Illustrator permet de comparer Affinity avec des options plus légères.








