X a mis en ligne un outil qui affiche les étiquettes de limitation de visibilité appliquées à votre compte et à vos posts. Il s’appelle Under the Hood, il est en phase pilote, et il répond enfin par des données à une question que les community managers posent depuis des années. Reste à savoir qui peut y accéder aujourd’hui, et ce que le mot « shadowban » recouvre exactement d’après la plateforme elle-même. On fait le point.

L’essentiel en bref
- Under the Hood affiche les étiquettes limitant la visibilité appliquées à un compte et à ses posts sur le mois écoulé, avec possibilité de télécharger les données.
- L’accès est pour l’instant réservé à un groupe test tiré au hasard parmi les comptes d’au moins un an ayant publié au moins dix fois sur le mois précédent.
- Le code publié montre que certaines règles ne suppriment un post que lorsqu’il est recommandé à un compte qui ne vous suit pas : vos abonnés continuent de le voir.
Ce que Under the Hood affiche réellement
L’outil ne montre pas votre portée ni vos impressions. Il montre les étiquettes que les systèmes de X ont posées sur votre compte et sur vos publications, celles qui peuvent limiter leur diffusion.
Techniquement, des traitements quotidiens collectent ces étiquettes et une couche de service les agrège sur une période donnée. Vous obtenez des statistiques agrégées sur un mois, pas une décision expliquée post par post.
L’intérêt vient du couplage avec le code. Une étiquette repérée dans l’outil se retrouve dans le registre de règles du dépôt xai-org, ce qui vous permet de savoir quel effet elle produit sur la diffusion et de contester la logique si elle vous paraît discutable.
X met en avant un autre usage : voir si une étiquette a été appliquée manuellement, en dehors des systèmes automatisés. Pour une marque qui soupçonne une décision humaine sur son compte, c’est le point le plus intéressant du dispositif.
Qui peut y accéder aujourd’hui ?
La page est déjà accessible depuis x.com/i/under_the_hood, mais l’éligibilité est encore restreinte puisque X déploie l’outil progressivement comme un pilote, sur un groupe test tiré au hasard parmi les comptes existant depuis au moins un an.
Deuxième condition : avoir publié au moins dix fois au cours du mois précédent. En dessous, le rapport ne se génère pas.
Concrètement, un compte de marque récent ou un compte qui publie deux fois par mois restera hors du dispositif. X annonce vouloir élargir l’accès selon les retours, sans calendrier communiqué à ce stade.
Ce qu’est vraiment un shadowban selon le code open-source de X
Définition :
Shawdowban = limitation de portée : sur X, un post étiqueté peut rester visible pour vos abonnés tout en étant retiré des recommandations envoyées aux comptes qui ne vous suivent pas.
Le service de filtrage de visibilité répond, pour chaque couple post et lecteur, l’une de trois valeurs : autoriser, afficher derrière un écran d’avertissement, ou supprimer. La première règle qui répond « supprimer » arrête l’évaluation.
Un second jeu de règles ne s’applique que lorsque le post est une recommandation vers un compte qui ne suit pas l’auteur, et ces règles ne peuvent que supprimer. Le spam détecté à forte sensibilité en fait partie : le post disparaît des recommandations mais reste servi aux abonnés.
Le registre publié nomme ces règles sans ambiguïté. On y trouve une règle dédiée aux comptes marqués « ne pas amplifier » vis-à-vis des non-abonnés, et une famille de règles préfixées Fosnr, qui renvoie à la doctrine « liberté d’expression, pas de portée » revendiquée par X, appliquée aux insultes, à la conduite haineuse, aux discours violents et à l’intégrité civique.
Autrement dit, ce que les créateurs appellent shadowban existe bien, porte un nom dans le code et produit exactement l’effet décrit depuis des années : une audience qui se réduit aux abonnés existants.
La différence, c’est que vous pourrez maintenant contrôler l’état de votre compte de manière indépendante et transparente, et c’est bien le seul réseau social à ce jour à vous le permettre (ce qui n’est le cas ni sur TikTok, Facebook, ni chez LinkedIn et Instagram).
Les limites à connaître (avant de le vendre comme un outil de diagnostic 100 % fiable)
- Une partie des règles d’étiquetage n’est pas publiée publiquement. X assume cette exclusion pour éviter le contournement, mais elle signifie qu’une étiquette visible dans l’outil peut renvoyer à une règle que vous ne pourrez pas lire. La transparence à ses limites, apparemment…
- L’outil est déclaratif sur le passé. Il vous dit ce qui a été appliqué, pas ce qui va l’être, et ne vous donne aucune procédure de contestation intégrée.
- Si vous gérez plusieurs comptes clients, l’usage réaliste est donc le suivant : demandez à vos clients éligibles d’exporter leurs données mensuelles et servez-vous en pour trancher les cas où une chute de portée est attribuée à tort à un problème de contenu. (Et en parrallèle, vérifiez si vos optimisez son compte pour les bons facteurs qui influencent vraiment la visibilité d’un compte sur X).
Notre verdict :
X veut faire de la transparence un fort élément différenciant pour rétablir la confiance de ses utilisateurs avec sa plateforme et sur ce point, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y pas match avec les autres acteurs ! C’est même le premier outil grand public qui transforme le shadowban en donnée vérifiable plutôt qu’en soupçon. Maintenant, on a hâte que l’accès soit élargi pour qu’il soit vraiment utilisable !



