Shannon, un pentester open source, pousse l’audit de sécurité bien plus loin que les outils classiques : il ne se contente pas de scanner les failles d’une application web, il est capable de les exploiter pour en prouver la dangerosité. Une révolution, ou un danger ? Voici ce qu’il faut savoir sur ce projet controversé.

Un pentester autonome qui analyse le code et attaque l’application
Shannon est un projet open source conçu pour réaliser des tests d’intrusion automatisés sur des applications web et des API.
Son objectif : identifier les failles de sécurité avant qu’un attaquant ne le fasse.

Contrairement à de nombreux scanners de sécurité qui se contentent de signaler des vulnérabilités potentielles, Shannon adopte une approche beaucoup plus directe : il tente réellement d’exploiter les failles détectées pour vérifier qu’elles sont exploitables.
Concrètement, le projet fonctionne en deux temps :
- il analyse le code source de l’application pour identifier des vecteurs d’attaque potentiels ;
- il exécute des attaques réelles contre l’application afin de confirmer les vulnérabilités.
Le résultat final est un rapport de sécurité qui ne contient que des failles réellement exploitables, accompagnées d’une preuve de concept reproductible.
Une logique simple : pas d’exploit, pas de rapport
Le principe fondamental de Shannon repose sur une règle stricte : une vulnérabilité n’est signalée que si elle peut être exploitée.
Cette approche vise à réduire un problème fréquent dans les audits de sécurité : les faux positifs.
De nombreux outils signalent des risques théoriques qui ne sont pas réellement exploitables dans la pratique.
Avec Shannon, chaque faille doit être démontrée par une attaque fonctionnelle avant d’être incluse dans le rapport final.
L’ère du DevSecOps : la réponse à un problème croissant ?
Le contexte actuel du développement logiciel explique largement l’émergence de ce type de projet.
Les équipes publient aujourd’hui du code beaucoup plus rapidement qu’il y a quelques années. Dans de nombreuses entreprises, les déploiements peuvent être quotidiens, voire multiples dans la même journée.
Or, les tests d’intrusion traditionnels restent souvent ponctuels. Ils sont réalisés une ou deux fois par an par des experts en sécurité.
Ce décalage crée un problème évident :
- du code est déployé en continu,
- mais la sécurité est vérifiée beaucoup plus rarement.
Dans cet intervalle, des failles peuvent apparaître et rester invisibles pendant des mois.
Un pentester automatisé vise précisément à combler cet écart en permettant de tester la sécurité beaucoup plus régulièrement, par exemple à chaque mise à jour du code.
Les types de vulnérabilités que Shannon cherche à exploiter

La version open source de Shannon se concentre sur plusieurs catégories de vulnérabilités bien connues dans la sécurité des applications web.
Ces failles sont notamment documentées dans les référentiels de sécurité comme l’OWASP.
| Type de vulnérabilité | Description simplifiée |
|---|---|
| Injection | Insertion de commandes malveillantes dans des requêtes (ex : SQL). |
| XSS | Injection de scripts malveillants dans les pages web. |
| SSRF | Manipulation d’un serveur pour qu’il envoie des requêtes vers des ressources internes. |
| Authentification défaillante | Contournement des systèmes d’authentification. |
| Autorisation incorrecte | Accès à des ressources normalement réservées à d’autres utilisateurs. |
Une architecture basée sur plusieurs agents spécialisés
Pour fonctionner, Shannon utilise une architecture composée de plusieurs agents spécialisés qui collaborent entre eux.
Le processus se déroule généralement en quatre grandes étapes.
1. Cartographie de l’application
La première phase consiste à comprendre l’application :
- analyse du code source,
- identification des endpoints API,
- cartographie des mécanismes d’authentification.
Des outils comme Nmap ou Subfinder peuvent être utilisés pour identifier l’infrastructure et les points d’entrée potentiels.
2. Recherche de vulnérabilités
Une fois la surface d’attaque identifiée, plusieurs agents analysent les différentes catégories de failles en parallèle.
Chaque agent tente de repérer des chemins exploitables entre des entrées utilisateur et des opérations sensibles dans l’application.
3. Exploitation réelle des failles
Les vulnérabilités suspectées sont ensuite testées par des agents d’exploitation. Leur mission est simple : transformer une hypothèse en attaque fonctionnelle.
Si l’attaque fonctionne, la faille est validée.
4. Génération d’un rapport exploitable
La dernière étape consiste à produire un rapport complet contenant :
- les vulnérabilités confirmées,
- les preuves d’exploitation,
- les étapes exactes pour reproduire l’attaque.
Ce type de rapport est directement utilisable par les développeurs pour corriger les failles identifiées.
Ce que permettent les versions disponibles
Le projet se décline aujourd’hui en deux versions distinctes.
| Version | Positionnement | Usage principal |
|---|---|---|
| Shannon Lite | Open source | Tests de sécurité sur ses propres applications |
| Shannon Pro | Plateforme commerciale | Analyse complète de sécurité avec intégration aux pipelines de développement |
La version open source permet déjà de réaliser un pentest autonome complet, cependant, elle reste limitée sur certains aspects, notamment l’analyse statique approfondie du code.
La version professionnelle ajoute notamment :
- une analyse avancée des dépendances logicielles,
- la détection de secrets exposés,
- l’analyse des flux de données dans le code,
- l’intégration directe dans les pipelines CI/CD.
Les risques majeurs des outils comme Shannon
Malgré ses promesses, ce type d’outil soulève plusieurs questions importantes.
D’abord, il nécessite un accès complet au code source de l’application. Pour certaines entreprises, cela peut poser des problèmes de confidentialité ou de sécurité.
Ensuite, les attaques exécutées par l’outil ne sont pas sans conséquence : elles peuvent modifier des données, créer des comptes ou provoquer des comportements inattendus dans l’application testée.
Pour cette raison, l’outil est explicitement destiné aux environnements de test ou de développement, et non aux systèmes en production.
Un autre point de débat concerne la démocratisation de ces technologies, certains observateurs soulignent que des outils capables d’automatiser des attaques pourraient aussi être détournés à des fins malveillantes.
D’autres estiment au contraire que rendre ces technologies accessibles permet aux équipes de sécurité de mieux se préparer face à des attaquants de plus en plus automatisés.
Le dilemme est le suivant : faut-il généraliser ces outils pour mieux se défendre… ou les restreindre pour éviter les abus ?




