Amazon Web Services (AWS) loue à la demande de la puissance de calcul, du stockage, des bases de données, du réseau et des modèles d’IA, depuis des centres de données répartis dans 39 régions géographiques. Il n’y a pas d’abonnement à choisir : chaque service a sa grille, et la facture du mois additionne ce que vos comptes ont consommé. Avant de comparer les services un par un, il faut comprendre ce modèle, puis la façon dont AWS découpe son offre gratuite et ses options d’hébergement en Europe.
Ce qu’AWS apporte, et à qui
Le premier usage reste l’hébergement d’applications sans acheter de serveurs. Une équipe démarre avec quelques instances EC2 ou des fonctions Lambda, puis ajoute de la capacité au rythme du trafic. Le deuxième usage concerne les données : stockage objet avec S3, base NoSQL avec DynamoDB, bases relationnelles managées. Le troisième, plus récent, est l’IA générative : Amazon Bedrock donne accès, depuis le même compte, à des modèles d’Anthropic, de Meta, de Mistral AI, d’OpenAI, de Cohere ou d’Amazon, avec des outils pour construire des agents.
Le public visé va du développeur seul, qui teste avec des crédits gratuits, à la grande entreprise qui négocie des remises sur engagement. Entre les deux, une PME qui veut simplement un site ou un serveur à prix fixe peut passer par Amazon Lightsail, qui regroupe machine virtuelle, disque SSD et transfert de données dans un forfait mensuel, à la manière d’un hébergeur classique.
Démarrer : plan gratuit ou plan payant
À l’ouverture d’un compte, AWS demande de choisir entre deux formules. Dans les deux cas, vous recevez 100 USD de crédits, puis jusqu’à 100 USD supplémentaires en réalisant des activités de découverte des principaux services.
- Plan gratuit : aucun débit tant que vous restez dans les crédits, mais accès limité aux services toujours gratuits et à une sélection de services. Il prend fin au bout de six mois ou dès que les crédits sont épuisés.
- Plan payant : accès à plus de 150 services dans le cadre de l’offre, facturation à la consommation au-delà des crédits, et éligibilité aux Savings Plans, aux instances réservées et aux remises promotionnelles.
Le point à ne pas manquer tient à la fin du plan gratuit. La documentation de facturation indique que le compte se ferme alors automatiquement et que vous perdez l’accès aux ressources. AWS conserve le contenu 90 jours : passer au plan payant pendant ce délai permet de tout récupérer, après quoi le compte et les ressources sont supprimés. Pour un prototype destiné à durer, mieux vaut donc passer au plan payant avant l’échéance, les crédits restants étant reportés sur les factures suivantes.
Les services toujours gratuits restent acquis en plan payant, dans la limite de quotas mensuels : Lambda inclut par exemple un million de requêtes par mois, et DynamoDB 25 Go de stockage par région. Côté facture, AWS Europe, entité luxembourgeoise avec une succursale en France, établit la facture TVA ; les grilles publiées sont en dollars et hors taxes, mais l’euro fait partie des devises de paiement acceptées.
Région Paris et cloud souverain européen : ce que disent les pages officielles
AWS exploite une région Europe (Paris), de code eu-west-3, découpée en trois zones de disponibilité et activée par défaut sur les comptes. Elle fait partie des six régions de l’Espace économique européen certifiées HDSv2 pour l’ensemble des activités de l’hébergement de données de santé, certification obtenue le 21 avril 2026. Pour juger un hébergeur au-delà de la localisation, notre guide sur les critères de sécurité de l’hébergement des données donne une grille de lecture.
Depuis le 15 janvier 2026, AWS commercialise aussi l’AWS European Sovereign Cloud. Il ne s’agit pas d’une région de plus, mais d’un cloud distinct :
- première région dans le Brandebourg, en Allemagne, et Local Zones annoncées en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal ;
- infrastructure séparée physiquement et logiquement des autres régions AWS, sans accès opérationnel depuis l’extérieur de l’UE ;
- société mère et trois filiales allemandes dirigées par des citoyens de l’UE, opérations quotidiennes assurées par du personnel résidant dans l’UE ;
- facturation et outils de gestion des coûts en euros, mais compte séparé : un compte AWS existant ne peut pas y être utilisé.
Deux réserves, tirées des mêmes pages : ce cloud souverain n’entre pas encore dans le périmètre de la certification HDSv2, et aucune implantation en France n’y est annoncée. Notre article sur l’AWS European Sovereign Cloud revient sur son lancement. Si votre appel d’offres exige la qualification de l’ANSSI, lisez notre dossier sur la certification SecNumCloud : aucune des pages AWS consultées n’en fait état.
Cas d’usage par profil
Startup ou développeur. Lambda exécute du code sans serveur à gérer et facture à la requête ; EC2 facture les instances à la seconde, avec un minimum de 60 secondes. Les crédits du plan gratuit suffisent pour monter une API ou un prototype et mesurer ce qu’il coûtera en production.
Équipe produit qui intègre l’IA. Bedrock réunit des modèles de 13 éditeurs et ajoute AgentCore pour déployer des agents, des garde-fous de contenu et des bases de connaissances branchées sur vos données. L’intérêt est de changer de modèle sans changer de fournisseur ni de facture.
PME qui veut un site ou un serveur. Lightsail propose des forfaits à prix mensuel fixe, avec trois mois gratuits sur une solution groupée, et des modèles prêts pour WordPress. C’est la porte d’entrée la plus proche d’un hébergement web classique, mais elle relève du plan payant.
DSI ou établissement de santé. La région Paris, la certification HDSv2 et les Savings Plans, jusqu’à 72 % de remise contre un engagement d’usage, servent à migrer des applications existantes en gardant les données en France.
AWS face à Google Cloud, Microsoft Azure et OVHcloud
Google Cloud se distingue surtout par son entrepôt de données et par ses propres modèles Gemini ; AWS mise davantage sur l’étendue du catalogue et sur un accès multi-éditeurs à l’IA avec Bedrock. Le choix se fait souvent sur les compétences déjà présentes dans l’équipe.
Microsoft Azure s’impose naturellement chez les entreprises équipées de Microsoft 365, d’Entra ID et de serveurs Windows. AWS parlera plutôt aux équipes qui construisent des produits numériques et veulent un catalogue de services d’infrastructure très étendu.
OVHcloud joue la carte d’un fournisseur français, centré sur les serveurs et le cloud d’infrastructure, avec un argument de souveraineté natif. Notre avis sur OVHcloud détaille ce qu’il propose. Pour un débat plus large sur les promesses de localisation, voyez aussi ce que recouvre un cloud 100 % français.
Limites à connaître et conseils de démarrage
La première limite est financière. AWS Budgets envoie des alertes, mais ses données ne sont mises à jour que jusqu’à trois fois par jour, à 8 à 12 heures d’intervalle : un dépassement peut donc précéder l’alerte. Les actions budgétaires permettent d’aller plus loin, en appliquant automatiquement une stratégie IAM ou une SCP qui bloque la création de ressources, ou en ciblant des instances EC2 et RDS. Configurez-les dès le premier jour.
La deuxième limite concerne l’assistance. L’offre Basic, incluse, couvre le service client pour le compte et la facturation 24 h sur 24, la documentation et la communauté re:Post. Le support technique par téléphone, chat ou e-mail commence avec Business Support+, facturé au plus élevé de 29 USD par mois ou d’un pourcentage dégressif de la consommation.
Pour choisir votre formule :
- apprentissage ou prototype jetable : le plan gratuit suffit, en gardant en tête la fermeture du compte au bout de six mois ;
- projet appelé à durer : passez tôt au plan payant pour conserver vos ressources et vos crédits restants ;
- production : ajoutez Business Support+ et des budgets avec actions, puis des Savings Plans une fois la consommation stabilisée ;
- données de santé ou exigence européenne : comparez la région Paris certifiée HDSv2 et l’European Sovereign Cloud, en tenant compte du compte séparé exigé par ce dernier.









