Mesurer l’audience d’un site sans partager ses données avec une régie publicitaire et, dans certains cas, sans afficher de bandeau de consentement : c’est la promesse de Matomo. Né en 2007 sous le nom de Piwik, rebaptisé en 2018, ce logiciel open source sous licence GPL se décline en deux versions : un service Cloud hébergé à Francfort et une version On-Premise que vous installez sur vos propres serveurs, gratuitement.
Quel problème Matomo règle, et pour qui
Un outil de web analytics doit répondre à des questions simples : d’où viennent vos visiteurs, quelles pages ils lisent, à quel moment ils abandonnent un formulaire ou un panier. Matomo y répond comme ses concurrents, avec rapports temps réel, objectifs, segments et suivi e-commerce. Sa différence tient à l’endroit où vivent les données et à ce que vous pouvez en faire. En version auto-hébergée, elles restent dans votre base MySQL ; en version Cloud, elles sont stockées en Allemagne et exportables à tout moment.
L’outil s’adresse d’abord aux organisations pour qui la conformité pèse autant que les chiffres : administrations, collectivités, médias, établissements de santé ou d’enseignement, ONG. Il intéresse aussi les agences et les éditeurs de sites qui veulent sortir de la dépendance à Google sans perdre les rapports avancés, et les équipes techniques à l’aise avec un serveur PHP qui préfèrent maîtriser leur pile de A à Z.
Cloud ou On-Premise : deux façons de faire tourner le même logiciel
Le cœur du logiciel est le même dans les deux cas, et Matomo indique pouvoir migrer vos données de l’un vers l’autre dans les deux sens. Ce qui change, c’est qui s’occupe de l’infrastructure et quelles extensions sont comprises dans le prix.
| Critère | Matomo Cloud | Matomo On-Premise |
|---|---|---|
| Hébergement | Serveurs de Matomo à Francfort | Vos serveurs, dans le pays de votre choix |
| Maintenance et mises à jour | Assurées par l’éditeur, sauvegardes quotidiennes | À votre charge (PHP 8.1 et MySQL 8 pour la version 6) |
| Heatmaps, entonnoirs, tests A/B | Inclus dans l’abonnement | Plugins payants, à l’unité ou en bundle |
| Facturation | Selon le volume de hits mensuels | Logiciel gratuit, bundles calculés sur le nombre d’utilisateurs et de hits |
Côté Cloud, l’inscription se fait avec une adresse e-mail et l’URL du site ; vous obtenez un sous-domaine en matomo.cloud et 21 jours d’essai sans carte bancaire, avec toutes les fonctionnalités ouvertes. Côté On-Premise, il faut un serveur web (Apache, Nginx, IIS ou LiteSpeed) et une base MySQL ou MariaDB. Matomo recommande au minimum 2 processeurs, 2 Go de mémoire et 50 Go de SSD pour 100 000 pages vues par mois, puis plusieurs serveurs dédiés au-delà de 10 millions.
Dans les deux cas, le suivi repose sur un extrait JavaScript à placer sur vos pages, sur le Tag Manager intégré (gratuit en On-Premise, 30 conteneurs en Cloud Business) ou sur l’un des plugins de CMS. L’importateur Google Analytics permet de récupérer votre historique pour ne pas repartir de zéro.
Mesurer sans bandeau : ce que couvre vraiment l’exemption CNIL
C’est l’argument qui fait choisir Matomo en France, et aussi celui qui est le plus souvent mal compris. La CNIL dispense de consentement les outils de mesure d’audience configurés de façon stricte. Depuis avril 2026, Matomo propose un réglage dédié dans Administration, rubrique Confidentialité puis Conformité, qui évalue votre configuration et applique d’un coup les paramètres compatibles : IP masquées sur deux octets, cookies propres au site uniquement, suivi inter-domaines coupé, conservation ramenée à 180 jours, données segmentées arrondies à la dizaine.
Le revers est net : ce mode désactive le journal des visites, les profils de visiteurs, les heatmaps, les enregistrements de session et les tests A/B. Si vous comptez sur ces fonctions, ou sur le User ID et l’export de conversions publicitaires, vous repassez à un suivi soumis au consentement, comme avec n’importe quel autre outil. Le lien de refus (opt-out) reste à intégrer à la main dans votre politique de confidentialité. Pour replacer ce choix dans le cadre réglementaire, relisez notre point sur l’évolution des règles européennes sur les pop-ups cookies.
Cas d’usage par profil
- Site institutionnel ou média : le mode CNIL suffit pour suivre trafic, sources et contenus les plus lus sans bandeau, avec la version On-Premise gratuite ou le premier palier Cloud.
- E-commerçant : suivi des commandes et du panier, entonnoirs de conversion et analyse WooCommerce, en gardant en tête que le suivi e-commerce complet relève du consentement. Croisez ces rapports avec les KPI e-commerce à surveiller.
- Équipe CRO : heatmaps, enregistrements de session, analyse de formulaires et tests A/B dans le même outil que l’analytics, sans second script ni second contrat.
- Agence multisite : jusqu’à 30 sites et 30 membres sur le plan Cloud Business, tableau de bord tous sites, rapports programmés par e-mail et marque blanche pour présenter les chiffres à vos clients.
Matomo face à Google Analytics et Plausible
Face à Google Analytics 4, Matomo perd sur le prix d’entrée et l’intégration avec Google Ads, mais gagne sur la maîtrise des données. La version standard de GA4 est gratuite, conserve les données utilisateur et d’événement 14 mois au plus, et tourne sur l’infrastructure de Google. Matomo Cloud conserve les rapports sans limite de durée et les données brutes 24 mois sur le plan Business, sans échantillonnage. Notre sélection des alternatives à Google Analytics détaille les autres options.
Face à Plausible, autre outil européen open source et sans cookies, Matomo joue la carte de la profondeur. Plausible mise sur un script léger et un tableau de bord d’une page, avec entonnoirs et parcours, à partir de 9 dollars par mois. Matomo ajoute heatmaps, enregistrements de session, tests A/B, attribution multicanal et Tag Manager, au prix d’une interface plus dense et d’une configuration plus longue.
Les limites à connaître avant de vous lancer
La gratuité de la version On-Premise couvre le logiciel, pas son exploitation. Serveur, sauvegardes, mises à jour de sécurité de PHP et dimensionnement de la base vous reviennent, et le volume grimpe vite sur un site à fort trafic. Les fonctions qui font la différence en optimisation de conversion (heatmaps, entonnoirs, rapports personnalisés) ne sont pas dans la version Community : il faut un bundle ou des plugins achetés à l’unité.
En Cloud, le tarif suit les hits, c’est-à-dire chaque page vue, événement, téléchargement, clic sortant ou recherche interne. Un site qui multiplie les événements suivis consomme son palier plus vite qu’il ne le pense, et le dépassement est facturé. Les quotas de heatmaps et d’enregistrements augmentent avec le palier : 150 enregistrements de session par mois au premier niveau, 1 000 à 1 million de hits.
Quel plan choisir
- Vous avez un administrateur système et un besoin d’analytics classique : partez sur Community, gratuit et sans limite d’utilisateurs ni de hits.
- Vous voulez les fonctions CRO sans gérer de serveur : Cloud Business, au palier qui correspond à vos hits mensuels, avec 2 mois offerts en paiement annuel.
- Vous auto-hébergez déjà et avez besoin de heatmaps et d’entonnoirs pour une petite équipe : Team couvre 4 utilisateurs et 5 millions de hits.
- Vous exigez SSO SAML ou LDAP, tests A/B en auto-hébergé ou un engagement de service : Enterprise ou VIP, ou Enterprise Cloud sur devis.
Avant de trancher, utilisez l’essai Cloud de 21 jours pour mesurer votre volume réel de hits : c’est ce chiffre, plus que le nombre de visiteurs, qui détermine votre facture. Et si vous pilotez aussi des balises publicitaires, gardez un œil sur les changements côté Google Tag Manager pour organiser la cohabitation des deux outils.







