Installer un outil de heatmaps coûtait longtemps un abonnement indexé sur le trafic. Microsoft Clarity a pris le contre-pied en 2020 : un script à poser sur le site, des enregistrements de sessions et des cartes thermiques sans facture, quel que soit le volume de visites. L’outil a depuis gagné un SDK mobile, un assistant Copilot et un module de suivi des citations dans les réponses d’IA. Reste une question que beaucoup d’équipes françaises découvrent tard : depuis le 31 octobre 2025, Clarity exige un signal de consentement pour fonctionner pleinement auprès des visiteurs européens.
Ce que Clarity montre que vos statistiques ne disent pas
Un outil de mesure d’audience vous dit qu’une page a un fort taux de rebond ; il ne vous dit pas pourquoi. Clarity répond à cette question en rejouant le parcours des visiteurs : mouvements de souris, clics, défilement, changements de page. Ses algorithmes repèrent les clics de colère (plusieurs clics rapides au même endroit), les clics sans effet, le défilement excessif et les retours rapides vers la page précédente, puis vous mènent directement aux enregistrements concernés.
L’outil vise aussi bien le blogueur que le grand compte : pas de plafond de trafic, de sites ni de membres d’équipe, et toutes les fonctions accessibles sans version payante. Microsoft explique cette gratuité par l’intérêt qu’il trouve aux données comportementales collectées pour améliorer ses propres produits et modèles d’apprentissage automatique.
Installation et prise en main
- Connectez-vous avec un compte Microsoft, Google ou Facebook et créez un projet par site.
- Posez le script de suivi dans le
<head>, ou passez par l’une des intégrations prévues : WordPress, Shopify, Wix, Webflow, Google Tag Manager, Squarespace, entre autres. - Réglez le masquage dans les paramètres : mode Équilibré par défaut (chiffres et adresses e-mail masqués), Strict pour tout masquer, Assoupli pour ne masquer que les champs de saisie et les listes déroulantes, toujours masqués.
- Activez le mode consentement et branchez votre bannière cookies avant d’ouvrir le tableau de bord à l’équipe.
Le tableau de bord réunit sessions, profondeur de défilement, temps actif, signaux de frustration, événements intelligents, entonnoirs et sources de trafic. Les cartes thermiques se déclinent en clics, défilement, zones, attention et conversion (cette dernière sur Shopify uniquement), avec comparaison côte à côte de deux segments ou de deux périodes. Plus de 40 filtres permettent d’isoler une campagne, un navigateur ou les sessions en erreur JavaScript. Une extension Chrome affiche aussi les cartes thermiques directement sur le site en ligne.
Consentement et RGPD : ce que Microsoft exige en Europe
C’est le point à régler avant tout le reste. Depuis le 31 octobre 2025, Clarity applique les règles de consentement aux visites venues de l’Espace économique européen, du Royaume-Uni et de la Suisse, détectées par géolocalisation de l’adresse IP. Pour ces visiteurs, le mode consentement est activé par défaut : tant qu’aucun signal valide n’arrive, Clarity ne dépose aucun cookie et ne collecte que des données sans cookie. Ce qui compte est la localisation du visiteur, pas celle de votre entreprise.
Deux catégories de consentement sont reconnues : analytics_storage pour la mesure, ad_storage pour le partage de données avec Microsoft Advertising. Vous transmettez le choix du visiteur par l’API de consentement de Clarity, par une plateforme de gestion du consentement compatible (CookieYes est cité), par une intégration tierce ou par le Google Consent Mode. La documentation demande de classer les cookies Clarity parmi les cookies non essentiels de votre bannière. Le consentement reçu vaut neuf mois au plus, et un refus efface les cookies propriétaires déjà posés.
Le cadre juridique mérite aussi d’être lu. Les conditions d’utilisation font de vous et de Microsoft des responsables de traitement indépendants, et non un client et son sous-traitant. Microsoft peut utiliser les données personnelles collectées selon sa déclaration de confidentialité, y compris pour bâtir des profils publicitaires. Votre politique de confidentialité doit le mentionner et renvoyer vers celle de Microsoft ; vous vous engagez à ne transmettre aucune donnée sensible. Côté hébergement, les données sont stockées dans le cloud Azure, et les clients européens contractent avec Microsoft Ireland Operations Limited. La FAQ exclut enfin les sites et applications destinés aux moins de 18 ans.
Sans consentement, Clarity reste utilisable mais ses chiffres changent de nature :
| Indicateur | Effet sans consentement (EEE, Royaume-Uni, Suisse) |
|---|---|
| Sessions | Chaque page vue crée une nouvelle session |
| Pages par session | Toujours égal à 1 |
| Entonnoirs | Abandon total à chaque étape au-delà de la première |
| Utilisateurs | Tous comptés comme nouveaux, aucun visiteur récurrent |
| Sources de trafic | Davantage de trafic classé en direct ou en « Autre » |
| Réponses de Copilot | Possiblement inexactes selon la question |
Pour un site français, la bonne pratique est donc de relier Clarity à la même bannière que vos autres outils de mesure, en gardant en tête que les règles européennes sur les bandeaux cookies évoluent.
Cas d’usage selon votre profil
- E-commerçant : filtrer les sessions qui abandonnent le panier, repérer les clics sans effet sur un bouton de paiement et appliquer une méthode d’amélioration du tunnel de commande sur des comportements observés.
- Éditeur de contenu : mesurer la profondeur de lecture d’un article, puis revoir le zoning de vos pages à partir des cartes de défilement et d’attention.
- Responsable acquisition : relier Google Ads ou Microsoft Ads pour regarder les sessions issues d’une campagne et comparer les cartes thermiques par source.
- Équipe CRO : brancher AB Tasty, Kameleoon ou Optimizely pour visionner les sessions de chaque variante d’un test.
- Équipe produit mobile : intégrer le SDK Android, iOS, Flutter, React Native, Cordova ou Ionic et rejouer les sessions qui précèdent un plantage.
- Équipe SEO : suivre dans le module Visibilité IA les pages citées par Copilot et les plateformes partenaires, et les robots d’IA qui explorent le site via votre CDN.
Clarity face à Contentsquare, Matomo et Google Analytics
Contentsquare, qui a absorbé Hotjar, couvre le même terrain avec une offre payante plus large : enquêtes, retours utilisateurs, analyse de parcours poussée et accompagnement commercial. Clarity n’a pas cette profondeur, mais il ne coûte rien et ne bride pas le volume. Matomo, solution libre que de nombreux sites publics privilégient, propose heatmaps et enregistrements sous forme de modules : il garde l’avantage de l’auto-hébergement, que Clarity n’offre pas. Google Analytics, enfin, n’est pas un concurrent direct : Clarity s’y connecte pour afficher les enregistrements de vos segments GA, et les deux outils se complètent. Notre sélection d’alternatives à Google Analytics aide à choisir la brique de mesure d’audience.
Les limites à connaître
- Les enregistrements sont conservés 30 jours ; seuls les favoris et un échantillon aléatoire restent disponibles jusqu’à 9 mois. Marquez les sessions utiles au fil de l’eau.
- Clarity enregistre au plus 100 000 sessions par projet et par jour, et une carte thermique porte sur 100 000 pages vues au maximum.
- L’API d’export est limitée à 10 requêtes par projet et par jour, sur les 3 derniers jours, avec 1 000 lignes par réponse sans pagination.
- Supprimer les données d’un seul visiteur impose de supprimer tout le projet.
- Le support passe par e-mail, par le bouton de retour dans l’interface et par le tag ms-clarity sur Stack Overflow ; aucun canal téléphonique ni de niveau de service n’est publié.
- Les conditions permettent à Microsoft de modifier le service ou d’introduire des frais, avec information préalable.
Comment bien démarrer avec Clarity
Il n’y a pas de plan à choisir : tout est inclus. Le travail porte sur la configuration. Créez un projet par domaine, puisque chaque projet doit recevoir son propre signal de consentement. Vérifiez le masquage sur vos pages de compte et de commande avant d’ouvrir l’accès à l’équipe. Testez ensuite l’envoi du consentement depuis un navigateur situé en France : si les pages par session restent bloquées à 1, le signal n’arrive pas.
Enfin, ne comparez pas les chiffres de Clarity à ceux de votre outil d’audience à l’unité près : les modes de comptage diffèrent, surtout quand une partie des visiteurs refuse les cookies. Servez-vous de Clarity pour comprendre un comportement, et de votre outil de mesure pour suivre les volumes.








