Beaucoup de petites structures finissent par empiler un tableur pour les devis, un outil de facturation, un autre pour le stock et un CRM gratuit qui ne parle à aucun des trois. Dolibarr prend le problème à l’envers : un seul logiciel, libre et gratuit, dans lequel vous activez uniquement les modules dont vous avez besoin. Cet article explique comment il fonctionne, à qui il rend service, ce qui le sépare de ses concurrents et comment choisir entre l’installer vous-même ou passer par un hébergeur.
Quel problème Dolibarr règle, et pour qui
Dolibarr est un progiciel de gestion intégré (ERP) doublé d’un CRM, distribué en logiciel libre. Il est porté par l’association Dolibarr, créée en 2009 et basée à Olivet, qui en assure la promotion et coordonne une communauté de développeurs, traducteurs et testeurs bénévoles. Le code ne coûte rien : vous le téléchargez, vous l’installez, vous l’utilisez sans limite d’utilisateurs ni de durée.
Le public visé est large sur le papier (indépendants, PME, grandes entreprises, associations), mais l’outil parle surtout aux structures qui veulent un socle de gestion complet sans abonnement par utilisateur, et qui acceptent soit de gérer un serveur, soit de confier cette partie à un prestataire. Si votre besoin se limite au suivi commercial, notre sélection de CRM gratuits présente des options plus légères.
Comment fonctionne Dolibarr au quotidien
Dolibarr est une application web écrite en PHP. Une fois installée, elle s’utilise depuis n’importe quel navigateur. Le principe de base tient dans la page de configuration des modules : à l’installation, la plupart des fonctions sont désactivées, et vous allumez une à une celles qui correspondent à votre activité. Tiers (clients, prospects, fournisseurs), propositions commerciales, commandes, factures, produits, stock, projets, agenda, notes de frais, congés, adhérents, point de vente ou site web : chaque brique se branche sur les autres, de sorte qu’un devis accepté devient une commande puis une facture sans ressaisie.
Côté technique, le wiki officiel liste des prérequis modestes : un serveur web compatible PHP (Apache, Nginx, Lighttpd ou IIS), 128 Mo de mémoire allouée à PHP et une base MySQL 5.7.7, MariaDB 10.3 ou PostgreSQL 9.1 au minimum. Le support de MS SQL reste expérimental et n’est pas fonctionnel. Le projet fournit des paquets pour Windows, macOS, Linux et Docker, ainsi qu’une installation par Git pour suivre une branche précise.
Pour aller plus loin que les modules natifs, deux voies existent. La première est DoliStore, la place de marché officielle, où des éditeurs tiers vendent des extensions (de 10 € à 200 € HT pour les exemples affichés en page d’accueil le jour de notre collecte). La seconde est le Module Builder, un assistant low-code intégré qui sert à créer vos propres objets et écrans. Pour relier Dolibarr à d’autres outils, le module API REST s’active depuis la même page : chaque utilisateur reçoit une clé transmise dans l’en-tête DOLAPIKEY, et un explorateur intégré liste les points d’accès disponibles selon les modules activés.
Installer soi-même ou passer par un hébergeur
C’est la décision qui conditionne tout le reste. Le projet ne vend pas lui-même d’abonnement cloud : la page « Solutions Cloud » du wiki officiel renvoie vers une douzaine d’hébergeurs partenaires (DoliCloud, DoliOnDemand d’ATM Consulting, DoliPlace d’Inovea Conseil, Ma Gestion Cloud d’Aplose, iNodbox, DoliZen et d’autres), chacun avec ses propres tarifs, durées d’essai et services. Ma Gestion Cloud, par exemple, y affiche 10 € HT par mois sans lien avec le nombre d’utilisateurs, et la plupart des offres prévoient un essai de 15 à 60 jours.
- Auto-hébergement : coût logiciel nul, contrôle total sur les données, mais sauvegardes, mises à jour et sécurité du serveur restent à votre charge.
- Hébergeur partenaire : instance prête à l’emploi, sauvegardes et mises à jour gérées, accompagnement possible ; vous payez un abonnement et dépendez du prestataire choisi.
- Intégrateur : pour un paramétrage métier ou des développements sur mesure, l’annuaire des partenaires du projet recense des sociétés spécialisées.
Avant de trancher, testez. La page de démonstration propose une instance partagée, réinitialisée plusieurs fois par mois, ou une instance dédiée ouverte chez l’un des hébergeurs, sans carte bancaire, avec des profils préconfigurés (négoce, BTP, formation, prospection…) selon le prestataire.
Cas d’usage concrets par profil
L’indépendant ou la TPE de services active les tiers, les propositions commerciales, la facturation et la banque. Il suit ses devis, relance ses impayés et rapproche ses relevés. À l’approche de la réforme de la facturation électronique, qui impose à toutes les entreprises de pouvoir recevoir des factures électroniques à partir du 1er septembre 2026, vérifiez auprès de votre hébergeur ou intégrateur la solution de connexion à une plateforme agréée ; notre comparatif des logiciels de facturation électronique aide à situer les alternatives.
Le commerce ou le négociant combine produits, stocks, commandes fournisseurs, expéditions et point de vente. Le projet indique participer à la démarche de certification caisse auprès du LNE, un point à suivre si vous encaissez des particuliers.
L’atelier ou la petite industrie ajoute le module de fabrication (MRP) pour gérer nomenclatures et ordres de fabrication, puis les interventions pour le service après-vente.
L’association trouve un module d’adhérents natif avec cotisations, couplé à la comptabilité en partie double, à l’agenda et à l’e-mailing.
Dolibarr face à Odoo, Axonaut et Sellsy
Face à Odoo, l’autre ERP open source le plus cité, Dolibarr mise sur la sobriété : une seule édition, entièrement libre, sans fonctions réservées à une version payante, et une prise en charge technique légère. Odoo distingue une édition Community open source et une édition Enterprise sous licence, qui ajoute des applications, le support fonctionnel et les montées de version : la comparaison doit donc se faire avec l’édition que vous utiliserez vraiment. Face aux logiciels de gestion français en abonnement comme Axonaut ou Sellsy, l’arbitrage est autre : ces outils sont hébergés, mis à jour et assistés par leur éditeur, alors que Dolibarr vous laisse le choix de l’hébergement et du prestataire, au prix d’une configuration à faire vous-même. Notre panorama des CRM français complète ce tour d’horizon.
Les limites à connaître avant de vous lancer
- Pas d’assistance contractuelle fournie par le projet : vous vous appuyez sur le forum, le wiki et la chaîne vidéo, ou sur un partenaire payant.
- La richesse fonctionnelle a un revers : le paramétrage initial (modules, modèles de documents, plan comptable, droits) demande du temps.
- Les extensions DoliStore sont développées par des tiers : leur prix, leur qualité et leur compatibilité avec chaque nouvelle version varient d’un module à l’autre.
- L’application Android DoliDroid est un module externe soutenu par DoliCloud, pas une application du projet, et aucune version iOS n’est documentée.
Nos conseils pour bien démarrer
Commencez par lister vos processus réels (devis, facture, stock, adhésions) et n’activez que les modules correspondants : une interface allégée se prend en main bien plus vite. Si personne dans l’équipe n’administre de serveur, préférez un hébergeur partenaire et comparez trois critères : fréquence des sauvegardes, politique de mise à jour (version LTS ou dernière version) et support inclus. Enfin, avant d’acheter une extension, vérifiez sur sa fiche DoliStore les versions de Dolibarr prises en charge, puis testez-la sur une instance de démonstration.



